Déclic

La facilité est la solution la plus simple, la plus courante. Jamais de ma vie je ne me suis senti aussi concerné. Ce n’est pas une révélation. C’est plutôt un déclic. Je ne m’y attendais pas. Je pensais en être conscient. En tous cas plus conscient que beaucoup de gens. C’est étrange.

Maintenant je me demande comment on peut l’ignorer. Ça me parait impossible. On en parle pas, ou du moins pas assez. Mais je crois que même si ce sujet était abordé dans toutes les discussions, traité dans tous les télé journaux, ça ne suffirait pas. Il le faut voir pour le comprendre, pour le ressentir. Moi, je l’ai vu et ça a été un choc.

C’était une matinée de décembre dans un pays où il fait chaud à cette époque de l’année. Les arbres se comptaient sur les doigts de la main. L’ombre était inexistante. Nous approchions d’un village perdu au milieu du désert mais pas si éloigné de la civilisation. La ville la plus proche se trouvait à 80 km. J’avais choisi de faire ce voyage pour découvrir de nouvelles cultures, faire des rencontres, et surtout apprendre. A l’époque, j’avais soif d’apprendre, de connaître, d’étudier. A notre arrivée, des dizaines de villageois accoururent vers nous. Ils appelaient à l’aide. Ils avaient faim, soif, et étaient tous malades. Je fondis en larmes. Je ne m’attendais pas à un spectacle si triste. Un tiers de la planète meurt de faim et on n’est pas fichu d’avoir une once de générosité. Ces gens ne le méritent pas. Aucun être vivant ne le mérite. Ils n’ont même plus la force de prier pour avoir une ration de nourriture. Nous jetons à la poubelle en un repas ce qu’ils mangent en une semaine. Ce que j’ai vu n’est qu’un exemple, qu’une infime partie de cette catastrophe que sont la famine, la douleur et la mort.

Je croyais en être conscient. Mais nous sommes trop distants du problème pour le connaître vraiment.

Les médias nous bandent les yeux que de toutes façons nous refermons. On se concentre sur d’autres problèmes (si on peut nommer ces prétextes ainsi) On vit sur une île qui se détache de la réalité. Ce n’est pas parce-qu’on y pense pas que ça n’existe pas, malheureusement.

2010

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